L’exotisme en bas de chez soi

Balade naturaliste autour d’Orléans

6X1A0592.jpg

05h30, le réveil sonne : Amandine a oublié de le désactiver. Dehors, il fait encore nuit. Aujourd’hui elle devait décoller pour le Japon. La crise sanitaire en a décidé autrement. Amandine décide de se lever.

Elle tourne dans son petit appartement orléanais. Son café coule. Elle regarde son téléphone, et particulièrement les dernières photos publiées sur le réseau Instagram.

Les images défilent. Quelques clichés de la Loire, pris à proximité du centre ville d’Orléans, éveillent sa curiosité. Elle y voit des fleurs et des animaux auxquels elle n’a jamais porté attention. Peut-être parce qu’elle ne se promène jamais au bon moment.

Elle décide de mettre à profit ce réveil matinal pour sortir faire une randonnée sur les bords de Loire, pas très loin du centre ville. Après tout elle a grandement besoin de s’oxygéner.

Elle se rend dans la réserve naturelle nationale de Saint-Mesmin, située 4km en aval d’Orléans et facilement accessible à vélo. La réserve protège un tronçon de Loire de 9 kilomètres constitué de berges, d’îles et d’îlots. Elle intègre également la pointe de Courpain, là où le Loiret se jette dans la Loire.

Amandine connaît bien l’endroit. Elle s’y promène régulièrement, le plus souvent les samedis et dimanches après-midi. 

Ce matin, l’endroit lui semble totalement étranger. 

Les chemins habituellement encombrés de promeneurs, coureurs, cyclistes sont complètements vides. Amandine est émerveillée par tous les chants des oiseaux qui l’entourent. La végétation couverte de rosée scintille à perte de vue. Les fleurs du grand tilleul embaument l’air d’une douce odeur de printemps. Les coquelicots ondulent avec grâce sous la brise, caressés par les premiers rayons du soleil.

Premières rencontres

Elle aborde le petit chemin qui débute la promenade. A sa gauche, les fleurs sauvages ondulent lascivement dans le vent.  A sa droite, elle aperçoit la Loire dans les trouées de la forêt alluviale, aussi appelée ripisylve. Pour maximiser ses chances d’observer d’éventuels animaux, elle a pris la petite paire de jumelles offerte il y a quelques années à Noël. Sur son téléphone portable, elle a téléchargé deux applications d’identification des végétaux et des oiseaux.

Sa promenade commence à peine qu’elle entend un cri rude et râpeux en direction du fleuve. Une sente s’enfonce dans la végétation. Elle s’approche. 

Elle marche sur une branche sèche qui craque sous son pieds. Ce manque de discrétion fait fuir un magnifique héron cendré. Il s’envole à quelques mètres d’elle. C’est la première fois qu’elle en observe un d’aussi prêt! Elle regagne le chemin principal pour continuer sa promenade. Un lézard vert s’enfuie entre ses jambes.

Un « tit tit tit » aigu lui fait lever la tête. Perchée sur une branche à moins de deux mètres, une mésange bleue alerte de sa présence. Doucement, Amandine porte ses jumelles à ses yeux. L’oiseau est facilement reconnaissable avec sa calotte et ses ailes bleues. Ce petit trait noir le long des yeux fait penser à un trait d’eye-liner...

6X1A0738-Modifier.jpg

Un enchantement pour les sens

Le chemin se fait plus étroit, enserré au milieu de hautes herbes. S’agitent doucement dans les premiers rayons de soleil des coquelicots, des marguerites, des renoncules âcres (que l’on connait aussi comme les boutons d’or), des géraniums sauvages… L’odeur de la rosée fraîche du matin replonge Amandine  en enfance et l’immerge dans une douce mélancolie.

Sur la Loire, elle aperçoit des fleurs blanches qui dansent au rythme du courant dans la lumière dorée du matin. Leur parfum enivrant flotte jusqu’à elle. Ce sont des renoncules aquatiques. Son application lui permet d’apprendre que ces tapis flottants sont des abris pour les poissons, les insectes, les grenouilles. Ces herbiers sont un signe de bonne santé du milieu.

Une forme sombre bouge un peu plus loin au milieu des renoncules. Amandine jette un oeil dans ses jumelles. Dissimulée derrière un rideau de branches, il y a peu de chance que l’animal la repère. L’oiseau qu’elle observe et qui paraissait noir de loin est en fait gris anthracite. Avec son bec et son front blancs, elle reconnaît tout de suite un foulque macroule. Celui-ci s’affaire à construire son nid!

6X1A8411-Modifier.jpg

La flèche bleue

Amandine aperçoit un arbre gisant dans le lit de la rivière. Une victime d’un des forts coups de vents de l’hiver passé. Ses branches pointées vers le ciel sont autant de perchoirs qui peuvent accueillir les oiseaux. La promeneuse cherche un endroit où s’assoir pour observer d’éventuels animaux. Une vieille souche lui donne une bonne vue sur l’arbre tout en restant camouflée derrière la végétation.

Elle ne sait pas à quoi s’attendre. Peut-être aura-t-elle la chance d’observer un cormoran se séchant au soleil après la pêche? 

Le temps semble ralentir. Amandine s’enfonce dans une légère torpeur. Elle observe le ballet des papillons, des petits passereaux. Elle observe les insectes s’affairer entre ses pieds et les mouettes rieuses qui virevoltent au-dessus du fleuve.

Un cri aigu la fait sursauter. Elle jette un oeil vers la Loire. Il lui semble voir passer un trait bleu. La scène a duré moins d’une seconde. Le cri se reproduit. 

Amandine revoit passer cette « flèche bleue ». Elle n’ose pas bouger. Les minutes passent. Le cri ne se reproduit pas. Tout d’un coup, elle remarque une forme sur une pierre émergeante, en contrebas de l’arbre couché. Elle regarde tout doucement dans ses jumelles et…. oui! C’est bien lui! Un magnifique martin-pêcheur qui attend le passage d’une proie.

Il reste de longues secondes. Il regarde fixement vers l’eau. De temps en temps, il lisse les plumes de ses ailes à l’aide de son long bec. Amandine remarque que le dessous du bec est orangé. C’est donc une femelle. D’un coup, sans crier gare, il plonge et ressort quasiment instantanément avec un poisson dans le bec. Il l’avale d’une traite et s’envole avec ce cri si caractéristique « tri tri tri tri ».

L’aigrette et la pêche

Amandine est émerveillée après cette observation. Elle n’aurait jamais cru observer un martin-pêcheur d’aussi prêt. Elle reste à regarder le rocher, maintenant vide, où à peine quelques instants plus tôt l’oiseau plongeait pour attraper sa nourriture.

Amandine s’apprête à poursuivre sa promenade. Une masse blanche attire son regard. Elle reconnait une aigrette garzette, ce grand oiseau que certains appellent parfois à tort « le héron blanc ».  L’échassier longe la berge. Elle scrute intensément ce qu’il se passe sous l’eau : elle chasse.

Par moments, elle semble courir au-dessus de l’eau, certainement pour poursuivre une proie qui tente de lui échapper.

« On dirait qu’elle danse » se dit Amandine en la regardant évoluer ainsi. La jeune fille se demande si l’aigrette attrapera un poisson. Cela fait plusieurs fois qu’elle plante son long bec dans l’eau sans succès. Contrairement à ce qu’imaginait Amandine, toutes les tentatives ne sont pas concluantes.

Après de nombreux essais infructueux, l’oiseau attrape enfin son repas!

Afin de ne pas l’effrayer, Amandine attend d’être hors de vue du volatile pour reprendre sa route.

L’exotisme en bas de chez soi

Amandine émerge de la forêt. Le soleil est bien plus haut dans le ciel. Sa montre lui indique qu’il est 09h00 passé. Le soleil commence à écraser le paysage et la végétation.

Les bruits de la ville se font plus présents. Elle les avait presque oubliés. Elle entend très nettement le ronronnement des voitures sur les routes avoisinantes. Elle n’est plus seule : un coureur manque de la renverser, le « ding ding » d’une sonnette de bicyclette résonne derrière elle.

Le retour au monde des hommes est un peu brutal, mais Amandine est heureuse.  Elle retourne sereinemement à son vélo. Cette escapade matinale lui a redonné de l’énergie et a fait un bien fou à son moral.

Ce matin, elle a découvert l’existence d’un environnement dont elle ne soupçonnait pas l’existence jusqu’ici. Finalement, l’exotique et le dépaysement peuvent exister, même en bas de chez soi.

Lui revient une citation du poète anglais Gilbert Keith Chesterton :

“Le monde ne mourra jamais par manque de merveilles mais uniquement par manque d’émerveillement.”

2R7A6921.jpg
Précédent
Précédent

Mon DU photographie de nature et d’environnement à l’IFFCAM